(A.P.Hawzah) Bien que le sens véritable de l’« attente » soit clair et incontestable, différentes interprétations ont vu le jour au fil du temps. L’origine de ces divergences réside principalement dans la façon dont les penseurs et les savants ont compris cette notion.
On peut distinguer deux grandes conceptions :
1. L’attente authentique et constructive
C’est l’attente dynamique, porteuse d’engagement, que les traditions religieuses présentent comme « l’acte d’adoration le plus méritant » et « le plus noble combat de la communauté du Prophète ».
L’éminent savant contemporain, le regretté Allamah MOZAFFAR, en a donné une explication brève mais remarquablement complète :
Attendre la venue du véritable réformateur et sauveur promis par Dieu, l’imam al-Mahdî (que Dieu hâte sa délivrance), ne signifie pas que les musulmans doivent rester les bras croisés et délaisser leurs obligations religieuses. Ils ne peuvent renoncer à ce qui leur incombe – comme défendre la vérité, faire revivre les enseignements et les prescriptions religieuses, mener le djihad, ordonner le bien et interdire le mal – sous prétexte que le Qâ’im de la famille de Muhammad (que Dieu hâte sa venue) viendra un jour tout remettre en ordre.
Au contraire, chaque musulman est tenu de se sentir responsable de l’application des préceptes de l’islam. Il doit s’efforcer de connaître sa religion et ne jamais cesser, dans la limite de ses moyens, d’accomplir son devoir de recommander le bien et de combattre le mal. C’est dans ce sens que le Prophète (que la paix et le salut s'Allah soit sur Lui et sur Sa famille immaculée) a dit :
کُلُّکُمْ رَاعٍ وَ کُلُّکُمْ مسؤول عَنْ رَعِیَّتِهِ
Vous êtes tous responsables les uns des autres, et chacun devra répondre de ceux qui lui sont confiés.(1)Par conséquent, un musulman ne peut renoncer à ses devoirs religieux certains et incontestables, ni les accomplir avec négligence, sous prétexte qu’il attend l’apparition du Mahdi réformateur. Car l’attente de l’apparition n’annule aucune obligation religieuse et ne permet en rien de remettre l’action à plus tard. La paresse dans l’accomplissement des devoirs religieux et l’indifférence à leur égard sont absolument inadmissibles. (2)
En résumé, selon Allâmeh MOZAFFAR, la véritable culture de l’attente repose sur trois piliers fondamentaux :
a) le refus de se contenter de la situation présente et l’insatisfaction face à l’état du monde
b) l’espérance en un avenir meilleur
c) l’effort et l’engagement nécessaires pour dépasser l’état actuel et atteindre la situation idéale
2. L’attente erronée et destructrice
À l’opposé se trouve une conception déformée de l’attente, aux effets paralysants et destructeurs. Une telle interprétation relève en réalité d’une forme de permissivité que les grandes figures religieuses ont toujours condamnée. Les disciples de l’école des Ahl al-Bayt ont constamment été mis en garde contre cette dérive.
À ce propos, le regretté Allamah MOTAHHARI écrit :
Cette forme d’attente naît d’une compréhension superficielle de la croyance à l'Imam Mahdi et du soulèvement révolutionnaire du Mahdi promis (que Dieu hâte sa délivrance). Selon cette vision, son mouvement n’aurait qu’un caractère purement explosif, ne résultant que de l’expansion généralisée des injustices, des discriminations, de l’oppression, des atteintes aux droits des personnes et de la corruption.
Il ajoute :
Une telle interprétation de l’apparition et du soulèvement du Mahdi promis, ainsi que cette manière d’envisager l’attente de la délivrance – qui conduit à suspendre l’application des lois et des préceptes de l’islam – doit être considérée comme une forme de permissivité. Elle est totalement incompatible avec les principes de l’islam et les enseignements du Coran.
Références :
1) Bihâr al-Anwâr, vol. 72, p. 38
2) Al-‘Aqâ’id al-Imâmiyya, p. 118
3) Le soulèvement et la révolution du Mahdi, p. 54
Notes :
Allamah Mohammad Réza al-MOZAFFAR (1322-1383 H.) — plus connu sous le nom d’Allamah MOZAFFAR — fut un éminent savant, penseur et auteur chiite du XIVᵉ siècle de l’Hégire.
Il entreprit ses études à la Hawzah de Nadjaf, où il suivit notamment les enseignements de grands maîtres tels que Mohammad Hussein Na'ini, Agha Dhiya al-Iraqi et Ghazi Tabatabaï. À son tour, il forma de nombreux élèves qui poursuivirent son héritage intellectuel. Allamah MOZAFFAR œuvra activement en faveur du rapprochement entre les écoles islamiques et du renforcement du dialogue entre chiites et sunnites. Ses ouvrages se distinguent par un style clair, moderne et accessible. Plusieurs de ses livres, notamment Usûl al-Fiqh et Al-Mantiq, figurent encore aujourd’hui parmi les manuels de référence enseignés dans les séminaires religieux islamiques.
Allamah Morteza Motahhari (1920-1979), plus connu sous les noms de « Shahid Motahhari » (le Martyr Motahhari) ou « Ostad Motahhari » (le Professeur Motahhari), fut un éminent penseur chiite, spécialiste des sciences islamiques et professeur de philosophie ainsi que de théologie islamique, aussi bien dans les séminaires religieux que dans les universités. Il compta parmi les principaux guides intellectuels de la Révolution islamique d’Iran. Il fut l’un des disciples les plus distingués d’Allamah Tabatabaï, de l’imam Khomeiny et de l’ayatollah Boroujerdi. Avant la Révolution islamique, il s’engagea activement dans la défense de la pensée islamique face aux courants socialistes, libéraux et aux idéologies syncrétiques qui cherchaient à mêler des doctrines incompatibles avec l’islam. Une partie importante de ses œuvres a été traduite dans plusieurs langues. Ses écrits se distinguent par leur capacité à présenter les enseignements islamiques dans un langage adapté aux enjeux contemporains, tout en offrant une explication claire et approfondie de la pensée islamique.




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